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La littérature djiboutienne en langue française

Dans un ouvrage, intitulé « émergence de la littérature djiboutienne d’expression française », Dr. Hibo Moumin Assoweh, qui est directrice du Centre de Recherche Universitaire de Djibouti (CRUD), retrace la genèse mais aussi l’évolution de la littérature d’expression française à Djibouti.

Entretien avec…
Dr Hibo Moumin Assoweh
Directrice du CRUD

page_couv-litterature« La littérature djiboutienne en langue française aura une seconde jeunesse »

1)-La Nation :- Pourquoi vous avez choisi d’étudier la littérature djiboutienne d’expression française?

Dr Hibo Moumin Assoweh :- Faire une thèse n’est pas facile. Il faut en moyenne cinq longues années d’études et de recherches. Les travaux sont conséquents et très prenants. Ensuite, il y a la phase de valorisation mais également la suite à entreprendre pour faire valoir une habilitation à diriger. Et puis c’est une étape qui délimite ton domaine et champs d’investigation pour toujours. La motivation est aussi essentielle. Pour endurer autant de charge de travail il faut être intéressé, endurant et acharné. Pour toutes ces raisons le choix du sujet de thèse est primordial. Et quoi de plus réjouissant que d’investir autant d’énergie en contribuant à la visibilité des cultures littéraires et artistiques de son propre pays, de produire des connaissances et des savoirs sur des thèmes très peu explorés comme celui des écritures en langue française de Djibouti.

Sous la direction et les conseils avisés de Mme. Beida Chikhi, ce fut une fabuleuse opportunité et une fierté personnelle que de raconter au monde les singularités de la riche culture littéraire de Djibouti, de lui présenter les productions de tous nos auteurs connus et peu connus, de viser l’exhaustivité et de témoigner du verbe de toutes ces voix qui émanent de l’intérieur du pays. Rien que les bibliographies sont à mon sens une contribution non négligeable et défendre la thèse de l’émergence d’une littérature Djiboutienne d’expression française était pour moi une priorité.

2)-Quels sont les différents genres de cette littérature abordés dans votre ouvrage.

Les écrits en langue française de Djibouti se présentent sous tous les genres possibles et imaginables. De la poésie au roman, du roman au théâtre, voire même les variations ou mélange de genre qui sont les nouvelles tendances. Il y a bien sûr un lien indéniable entre la culture orale et la prédominance des recueils de poésie. Mais le travail sur les mots et le rythme est plus un style qu’un genre. Même dans la prose romanesque ou dramaturgique l’allitération, les allusions aux proverbes et légendes d’ici et les sonorités sont constantes et forgent la singularité des textes. La nouvelle est également très prisée pour sa brièveté et les facilités d’édition dans les revues ou magazines avant de bénéficier des services d’une maison d’édition.

3)-Après son âge d’or qui se situe au début des années 2000, peut-on dire que la littérature djiboutienne d’expression française est en perte de vitesse.

Ce n’est absolument pas mon opinion. Il suffit d’interroger les écrivains sur le nombre de projets d’écriture en chantier. Rachid Hachi, pour ne citer que lui, dispose de plus de trois manuscrits toujours en attente d’édition. La difficulté majeure est en effet le manque d’opportunités éditoriales. Les publications à compte d’auteur ne sont pas tenables. C’est pourquoi en plus d’une bonne politique du livre, il est souhaitable de développer plus nos propres institutions d’édition et de valorisation du livre. La critique littéraire ne joue pas aussi à mon sens suffisamment son rôle. C’est un moyen non négligeable pour la promotion des œuvres. Une presse écrite spécialisée dans ce domaine serait la bienvenue.

Et puis les autres arts, comme la musique, la peinture ou le cinéma font une apparition accrue et concurrencent le livre. Le long métrage d’Aïcha Mohamed Robleh, Pour une vie sans lame, a recueilli par exemple du succès aussi bien à Djibouti qu’à l’étranger. Le film a été projeté dans les plus grandes salles de la capitale mais aussi dans les CDC des régions de l’intérieur. Traduit dans les langues du pays, notamment en somali et en afar, le message du scénario qui condamne les mutilations génitales a fait le tour de la République. L’auteur travaille actuellement sur son second long métrage. Notre jeune auteur et réalisatrice Lula Ali Ismail, travaille également sur la finalisation de son premier long métrage sur le sujet de la jeunesse. Les arts visuels sont aussi de plus en plus à l’affiche. La première rencontre nationale des artistes plasticiens, « Cré’Art Djib 2016 », de mars dernier, a eu un franc succès et laisse augurer de bonnes perspectives de développement. L’expression artistique est de plus en plus plurielle et riche actuellement. Et c’est tant mieux.

4)-Comment voyez- vous l’avenir de cette littérature ?

Son avenir est prometteur. La littérature en langue française aura une seconde jeunesse au vu de l’engouement que de plus en plus de jeunes témoignent pour l’écriture et la création. Des formes d’expression artistique plus urbaines comme le slam ou le chant et danse sont à souligner aussi. Il ne faut pas omettre non plus les littératures en langues maternelles ni les productions orales qui sont très dynamiques. Un travail de traduction permettrait une meilleure visibilité et un meilleur partage de ce champ littéraire.
Propos recueillis par Kenedid Ibrahim

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