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Somaliland : Carnet de routes d’un pays qui n’existe sur aucune carte!

Pour la communauté internationale, cette petite République autoproclamée de la corne de l’Afrique fait officiellement partie de la Somalie. Mais, après une union chaotique et une guerre civile, le Somaliland a décidé de séparer définitivement du reste de la Somalie.
En 25 ans « de souveraineté retrouvée », le pays a su construire des institutions fonctionnelles, une économie libérale, une armée et plusieurs alternances démocratiques, et ce …..dans l’indifférence (presque) générale de la communauté internationale.

C’est maintenant officiel. Le président du Somaliland, Ahmed Mohamed Mahamoud dit Silanyo, ne briguera pas un deuxième mandat à la tête du pays. Élu en 2010, lors d’un scrutin qualifié de transparent par la quasi totalité des observateurs étrangers, il laisse son parti, Kulmiye, organiser ses propres primaires pour la désignation du futur candidat à la course présidentielle en 2017.
Après avoir claqué la porte du gouvernement de la Somalie dans les années 80 – il fût ministre du commerce mais aussi de la planification- pour le maquis et combattu le régime autoritaire de Syad Barreh pendant des longues années au sein du mouvement national somali (SNM) – essentiellement formé par des anciens cadres et généraux originaires du Somaliland, le vieux lion de la politique somalilandaise a décidé de passer la main.
Un geste rarissisme sur le continent noir en général et dans la corne de l’Afrique en particulier.
 » J’ai décidé de ne plus avoir d’ambitions politiques et de laisser la place à mes camarades de lutte pour la candidature des prochaines élections. Je vous exhorte de régler vos différends politiques par la voie de la négociation et d’œuvrer continuellement pour le bien être de votre population. Le salut du Somaliland passe par le consensus. Je reste un des vôtres. Un vieux sage de la communauté somalilandaise » dixit Silanyo dans un discours prononcé au congrès de son parti le 10 Novembre 2015 à l’hôtel Mansoor à Hargeisa, capitale de la Somaliland.
Une leçon de démocratie à bien des dictateurs africains!
Si tout se passe comme prévu, le Somaliland élira son cinquième président en Avril 2017 sur 26 années d’indépendance. « Une exception Africaine » selon plusieurs spécialistes de la région.

3 grandes parties sont en lice pour la victoire finale. Kulmiye, la formation politique de l’actuel président ; UCID (le parti pour la justice et le bien être, présidé par Jamal Ali Hussein, ancien cadre de la City Bank) et WADANI (la formation de l’actuel président du perchoir somalilandais).
Ancien protectorat britannique ayant accédé à son indépendance en Juin 1960, le Somaliland décidera au lendemain de sa liberté retrouvée d’unir son destin à celui de la Somalie Italienne, pour former la République Démocratique de Somalie.
L’objectif affiché de cette union étant de créer une grande nation Somali qui couvre 5 territoires dans la corne de l’Afrique : Somaliland (Britannique), Somalie du Sud (Italienne), L’Ogaden (Éthiopie), La côte française des somalis (actuel Djibouti) et le territoire Somali du Kenya.
Le rêve de la grande Somalie ne verra jamais le jour et l’union entre les Nordistes (Somaliland) et les sudistes (Somalie Italienne) sera un échec retentissant.
Mécontent d’avoir été écarté des postes décisionnels et d’être considéré comme de citoyens de seconde zone, le peuple du Nord se soulèvera contre le régime militaire de Syad Barre.
Le conflit se soldera par une guerre civile, des milliers de morts, des millions de déplacés et des grandes villes du Nord comme Hargeisa rasées de la carte.

Le 18 Mai 1991, le divorce fût logiquement scellé lorsque le dictateur Barreh fût chassé du pouvoir. Le peuple de Somaliland décida à Burao, lors d’une assemblée qui regroupa toutes les composantes ethniques du Territoire, de prendre définitivement son destin en main.
Injustement ignorée par la communauté internationale et non reconnu officiellement à ce jour, le somaliland est sans nul doute l’une des belles réussites du continent noir ces trente dernières années.
La république autoproclamée serait-elle est la preuve parfaite que l’Afrique n’a besoin d’être sous perfusion de l’aide internationale pour avancer?
Certes, les défis sont immenses : pauvreté, chômage massif des jeunes, infrastructures en piteux état, tensions politiques entre les différentes régions…. La liste est loin d’être exhaustive mais les avancées socio économiques sont notables.
Une économie de marché viable, un État fonctionnel, une presse libre, plusieurs élections démocratiques….. À bien des égards, le Somaliland contraste avec les régimes liberticides de la sous-région et le chaos sécuritaire qui prévaut à Mogadishu (capitale fédérale de la Somalie).

« Nous avons l’amère sentiment que la communauté internationale est insensible à nos efforts pour construire un État crédible, garant des progrès sociaux et qui sert de rempart contre le fanatisme religieux. Nous avons surtout le sentiment d’être puni pour une faute commise  par nos anciens il y a 55 ans lorsqu’ils ont décidé de s’allier avec nos frères sudistes » s’insurgent souvent les jeunes somalilandais.
« Le principe de l’intangibilité des frontières datant de la décolonisation, souvent mis en avant par l’union africaine, pour étouffer la reconnaissance de la Somaliland ne tient pas. Faut-il rappeler qu’au lendemain de son indépendance le 26 Juin 1960, 35 pays membres des Nations Unies avaient reconnu le Somaliland comme un État membre de la communauté internationale. Beaucoup de pays africains qui passent aujourd’hui sous silence les droits fondamentaux de la nation somalilandais étaient encore sous le joug de la colonisation à cette époque » reconnaît Madame Edna Adan, ancienne ministre des affaires étrangères du Somaliland.
Il n’en demeure pas moins que le petit État autoproclamé de la corne de l’Afrique reste l’un des candidats le plus sérieux à l’adhésion de la communauté des nations.

Article rédigé par Brad Hamoud

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