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Transports – Djibouti-Addis Abeba : le chemin de fer de la croissance

Les 752 kilomètres de rail, dont la mise en service est prévue en octobre, devraient doper les échanges économiques entre deux capitales en plein boom.

Fini les tracas pour les transporteurs djiboutiens et éthiopiens ! Ils mettront désormais moins de 10 heures pour relier Djibouti-Ville et Addis-Abeba. Actuellement, il faut compter près de deux jours pour effectuer le parcours sur une route montagneuse et surchargée. Le dernier rail de cette ligne sera posé jeudi par le président djiboutien et le Premier ministre éthiopien, avec l’ambition de la prolonger à terme jusqu’à l’Afrique de l’Ouest. La cérémonie en présence d’Ismaël Omar Guelleh et de Haile Mariam Desalegn se déroulera dans une nouvelle gare dans la périphérie de Djibouti-Ville, point de départ de cette ligne ferroviaire.

Dédiée au transport de marchandises

Environ « 1 500 camions empruntent chaque jour la route entre Djibouti et l’Éthiopie. Dans cinq ans, ce chiffre s’élèvera à 8 000. Ce n’est pas possible ! C’est pourquoi nous avons besoin de ce chemin de fer », explique Aboubaker Hadi, le président de l’Autorité portuaire de Djibouti qui gère le projet côté djiboutien. Capable de faire passer des convois de 3 500 tonnes (contre 500 tonnes pour l’ancienne ligne), entièrement électrifiée, la nouvelle ligne sera très majoritairement dédiée au transport de marchandises entre le port de Djibouti et l’Éthiopie, en pleine croissance économique.

Djibouti-Mekele, l’autre ligne à construire

Près de 90 % des importations éthiopiennes passent par Djibouti et les deux pays se sont lancés dans un processus d’intégration économique. L’Éthiopie, pays enclavé, bénéficie d’un accès à la mer par Djibouti, qui en retour se voit ouvrir l’immense marché émergent que représentent les 95 millions d’Éthiopiens. Une autre ligne reliant Djibouti et la ville éthiopienne de Mekele (Nord) doit également voir le jour. « L’Éthiopie est un pays important pour nous. C’est le principal client de nos installations logistiques (portuaires) et cette nouvelle ligne de chemin de fer va permettre de renforcer encore davantage nos échanges », se réjouit le ministre des Transports de Djibouti, Moussa Ahmed Hassan.

Le Cameroun en ligne de mire

Ce chemin de fer marque la résurrection de la liaison ferroviaire entre Djibouti et Addis Abeba après l’abandon de la ligne historique héritée de la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien. Mise en service en 1917, cette ligne, arrêtée il y a plusieurs années, ne fonctionnait plus que de manière erratique. Elle était sujette à de nombreux déraillements et à une lenteur proverbiale : cinq jours pour relier les deux villes. Les voies abandonnées sont encore visibles à Addis-Abeba et dans le centre de Djibouti. Le nouveau tracé ne se finira pas à Addis-Abeba, promet Aboubaker Hadi, pour qui cette ligne ferroviaire n’est qu’une étape vers une ligne transafricaine devant traverser le continent jusqu’au golfe de Guinée. « Nous comptons continuer cette ligne de chemin de fer vers le Soudan du Sud, la République centrafricaine et le Cameroun pour relier la mer Rouge à l’océan Atlantique », s’enthousiasme Aboubaker Hadi.

« Six nouveaux ports et deux aéroports »

Djibouti, petit État de la Corne de l’Afrique, s’est lancé dans de vastes projets d’infrastructures avec la construction de six nouveaux ports et deux aéroports, avec l’ambition de devenir la plateforme commerciale de l’Afrique de l’Est. « L’Afrique est très en retard pour les infrastructures. Il est impossible à un camion de traverser le continent. Pour transporter une marchandise de la côte est à la côte ouest de l’Afrique, il faut faire le tour du continent par bateau », ajoute-t-il. Un trajet maritime de plus de trois semaines. Un chemin de fer transafricain est réalisable « en sept ou huit ans », assure Aboubaker Hadi. Si les conflits en cours au Soudan du Sud et en Centrafrique le permettent.

Les Chinois aux manettes

Longue de 752 km, cette ligne ferroviaire a été financée et construite par la Chine.  Liu Xiaoyan, directeur commercial de la Société chinoise de construction et de génie civil (China Civil Engineering Construction Corporation), chargé de la ligne Djibouti-Addis, affirme que la compagnie chinoise est prête à poursuivre les travaux. « Nous voulons montrer la technologie chinoise à tout le monde, en particulier à l’Afrique. (…) Ce chemin de fer va aussi élargir notre marché » pour les produits chinois, prédit-il fièrement, convaincu que ce nouveau réseau d’infrastructures permettra à la Chine de renforcer sa présence sur le continent africain.

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